Brève histoire de Rovigo

Des tours de l’évêque à la discrète ville d’art

Castello, mura e Torre Donà (Rovigo)
Castello, mura e Torre Donà (Rovigo) · Threecharlie · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Les origines : un nom et un évêque

Rovigo entre dans l’histoire écrite sur la pointe des pieds. Un document de Ravenne du 24 avril 838 cite pour la première fois le lieu, appelé « Rodigo ». D’où vient ce nom ? Aujourd’hui encore, personne ne le sait avec certitude.

Le tournant arrive au Xe siècle. Les Hongrois ont dévasté Adria, et son évêque, Paolo, cherche un lieu plus sûr. Les sources locales l’appellent Paolo Cattaneo. Son choix se porte sur Rovigo, qui devient sa résidence. Selon la tradition documentaire, en 920, une bulle du pape Jean X l’autorise à la fortifier, et les défenses sont achevées au plus tard en 945. De ce noyau, un terre-plein sur l’ancien cours de l’Adige, naît le château. Il en reste aujourd’hui les deux tours, symbole de la ville.

Le temps des Este

Au XIIe siècle, le pouvoir passe progressivement à la maison d’Este. Dans les années 1130, les vicomtes de Rovigo élèvent, au nom des Este, une enceinte en briques. En 1194, la ville devient formellement la possession d’Azzo VI d’Este. Pendant près de trois siècles, Rovigo reste l’avant-poste septentrional du domaine de Ferrare.

Sous le lion de saint Marc

Tout change avec la guerre de Ferrare. En 1482, Venise prend la ville après un siège, et la paix de Bagnolo, en août 1484, lui attribue Rovigo et le Polesine, la plaine entre l’Adige et le Pô. Les Este reprennent brièvement le contrôle pendant la guerre de la ligue de Cambrai. Mais à partir de 1514, la Sérénissime, la République de Venise, reste maîtresse des lieux, jusqu’à sa chute en 1797.

Ce sont les siècles qui dessinent le cœur de la ville. Arrivent la colonne avec le lion de saint Marc, la tour civique « vénitienne » et les grands palais Renaissance autour de la Piazza Maggiore. En 1580 naît l’Accademia dei Concordi, qui garde aujourd’hui encore la mémoire savante de Rovigo.

Français, Autrichiens, Italie

Avec la fin de la République arrivent les Français, qui abattent le lion de saint Marc. À l’époque napoléonienne, en 1806, Rovigo est érigée en duché, un duché grand-fief, en faveur du général Anne Jean Marie René Savary.

En 1815, l’Autriche la déclare ville royale au sein du royaume lombard-vénitien. Rovigo est chef-lieu de province et se dote de nouveaux édifices : le Teatro Sociale en 1819, le palais de la Gran Guardia en 1854. En 1866, enfin, la ville entre dans le royaume d’Italie.

Le XXe siècle : l’eau et la mémoire

Le XXe siècle redessine le visage de la ville. En 1930, le vieux ghetto juif est démoli. En 1937, l’Adigetto, le cours d’eau qui traversait le centre, est dévié vers la lisière ouest de la ville : à sa place naît le Corso del Popolo. La ville d’eau devient, du moins en surface, une ville de rues.

En novembre 1951 survient l’épreuve la plus dure. La grande inondation du Pô submerge plus de mille kilomètres carrés du Polesine. Environ 180 000 personnes sont contraintes de quitter leur maison, et beaucoup n’y reviendront jamais. C’est une blessure qui marque à jamais l’histoire du territoire.

Rovigo aujourd’hui

Aujourd’hui, Rovigo est une ville d’art discrète. Derrière ses arcades et ses cours, elle garde plus d’histoires qu’elle n’en montre au premier regard. Il suffit de ralentir le pas pour s’en apercevoir. Les tours du château rappellent l’évêque des origines, la colonne de Saint-Marc les siècles vénitiens, le Corso la rivière qui n’est plus. Chaque recoin conserve un fragment de cette longue histoire, en attendant d’être raconté.

Sources

  1. Wikipedia
  2. Encyclopaedia Britannica
  3. Regione Veneto – Veneto Around Me
  4. Regione Veneto – Veneto Around Me
  5. Regione Veneto – Veneto Around Me
  6. Dipartimento della Protezione Civile

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