Le jardin paisible de la Piazza Merlin, avec ses allées de gravier, ses parterres et ses grands arbres autour d’une fontaine, cache une histoire presque effacée. Ici se dressait le ghetto juif de Rovigo, définitivement démoli en 1930. Pour le voir aujourd’hui, il faut savoir l’imaginer.
Une communauté enracinée
La présence juive dans la ville est attestée dès la fin du XIIIe siècle. En 1386, un groupe de juifs de Lendinara fut chargé de percevoir les impôts municipaux. En 1391, la commune invita Salomone et les frères Alvicio et Emanuele à ouvrir une banque de prêt. Selon l’historienne Andreina Milan, entre le XIIe et le XVe siècle, les juifs de Rovigo jouissaient d’une position sociale importante et prenaient une part active à la vie économique et culturelle de la ville. Même après le passage sous Venise, leur condition resta longtemps inchangée. Pendant des siècles, la communauté fut donc une part vivante de la ville, et non un monde à part.
Les cinq cours
Le tournant arriva entre 1612 et 1615, quand fut ordonnée la création du ghetto. Seuls les banquiers et leurs familles pouvaient résider à l’extérieur. En 1617, 17 familles y vivaient. En 1629, on ordonna la destruction d’une synagogue, jugée trop proche d’une église. La communauté grandit malgré tout : environ 230 personnes en 1785, 430 en 1870. En 1858, la synagogue fut restaurée. Des chiffres modestes, mais qui racontent une présence tenace.
Au XXe siècle, la communauté déclina rapidement. En 1930, le ghetto et la synagogue furent démolis dans le cadre de la reconstruction du centre, et la centaine de juifs restants fut rattachée à la communauté de Padoue. En quelques années, un monde séculaire disparut de la carte de Rovigo. Pendant l’occupation allemande de 1943, la plupart des membres de la communauté parvinrent à se mettre à l’abri ; deux furent déportés. Andreina Milan décrit ce monde « grouillant et délabré » de cinq cours étroites comme une « citadelle mystérieuse », effacée du tissu et de la mémoire de la ville. Aujourd’hui, en marchant entre les parterres, prenez le temps de vous arrêter pour vous en souvenir.




