Vers 1780, Rovigo vivait une période de grande effervescence architecturale. C’est alors que le comte Giovanni Battista Angeli décida de construire son palais. Selon la Région Vénétie, le projet est de l’architecte véronais Francesco Schiavi, qui aurait signé ici son œuvre la plus marquante. Il en naquit un édifice néoclassique à la façade harmonieuse, conçu pour représenter une famille. Dans le fronton figurent les armoiries des Angeli, entourées de trophées d’armes : une carte de visite de pierre, adressée à quiconque passait dans la rue. Devant la façade, on lit encore aujourd’hui ce message.
Un écrin du XVIIIe siècle
L’intérieur est un petit écrin de la fin du XVIIIe siècle vénitien. Les fresques du Vénitien Giovanni Battista Canal racontent des épisodes de la « Jérusalem délivrée », le poème épique du Tasse, ainsi que des scènes mythologiques. Chaque paroi raconte une histoire, entre chevaliers, héroïnes et divinités antiques. Les stucs raffinés de Basilio Serena les encadrent. Le grand escalier d’apparat est dominé par deux statues sculptées en 1785 par le Véronais Gaetano Muttoni. Gravir ces marches, c’est entrer dans le XVIIIe siècle. Peinture, stuc et sculpture se fondent en un ensemble qui dit le goût de toute une époque.
Des hôtes de trois époques
Le palais a accueilli des personnages de premier plan : peu de pièces, beaucoup d’histoire. Selon la Région Vénétie, y séjournèrent Nicolò Venier, dernier podestat vénitien de Rovigo (le gouverneur envoyé par Venise), l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche, Giuseppe Garibaldi et Humbert de Savoie. Dans un même édifice se croisent ainsi la fin de la Sérénissime, la République de Venise, la domination des Habsbourg et le Risorgimento, l’unification italienne. Ce registre des hôtes résume un siècle d’histoire italienne.
Après une longue restauration, Palazzo Angeli accueille depuis 2019 les cours de droit de l’Université de Ferrare, sur son campus de Rovigo. Ses salons à fresques sont de nouveau fréquentés chaque jour. C’est une seconde vie, qui a rendu le palais à la ville. Pour les étudiants, étudier ici, c’est le faire entourés d’art. Là où l’on recevait jadis empereurs et généraux, on étudie aujourd’hui le droit, sous les mêmes plafonds peints.




