Il Po a Ficarolo, ponte sul fiume
Il Po a Ficarolo, ponte sul fiume · Giorgio Galeotti · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
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Histoire · Ficarolo

La rupture de Ficarolo

Le jour où le Pô changea de route

Époque
XIIe siècle (à partir de 1152)

Il est un nom que l’on prononce avec respect dans le Polesine : Ficarolo. C’est ici, raconte la tradition, qu’en 1152 le Pô rompit ses digues et ne revint jamais en arrière.

Jusque-là, le grand fleuve coulait plus au sud. Il passait par Ostiglia, Bondeno et Ferrare, puis se divisait en deux bras, le Volano et le Primaro. Après Ficarolo naquit un nouveau cours, « bien plus septentrional », orienté vers le nord-est. C’est celui que l’on appelle aujourd’hui le Po di Venezia, le bras qui traverse le Polesine jusqu’au delta. Le vieux Pô de Ferrare, lentement, s’éteignit.

Ce fut comme si la plaine avait changé de dessin. Dès lors, ceux qui vivaient ici durent composer avec un fleuve qui avait choisi seul son chemin.

Les historiens racontent aujourd’hui cette histoire avec plus de prudence. Non pas une seule nuit de furie, mais une série de ruptures commencées en 1152 et poursuivies pendant une vingtaine d’années. Un changement lent, presque un déménagement du fleuve.

Les ingénieurs des siècles suivants se demanderaient ce qui se serait passé si cette rupture n’avait jamais eu lieu. Selon certains, les marais du sud se seraient comblés d’eux-mêmes de sédiments, jusqu’à devenir un plateau fertile. Le nouveau cours, au contraire, fragilisa tout le secteur méridional de la plaine. Et il donna au Polesine son destin de « terre entre les fleuves » : fertile et fragile à la fois.

Sur ce Pô, pendant des siècles, flottèrent de curieuses architectures : les moulins flottants. C’étaient des moulins construits sur des bateaux, ancrés le long des rives, avec de grandes roues mues par le courant. Le long du fleuve, de Crémone à l’embouchure, on en a recensé plus de trois cents.

Les meuniers y travaillaient et vivaient, au sens propre, sur l’eau. Ils avaient même une cuisine bien à eux. Autour de Crémone et de Ferrare, on se souvient des gnocchi « alla mulinèra », faits uniquement de farine et d’eau. Selon la tradition, seuls les hommes les préparaient, car leurs mains calleuses supportaient mieux la pâte brûlante.

Le Pô, en somme, n’est pas seulement une frontière sur la carte. C’est un personnage qui a écrit l’histoire de cette terre. Il a décidé où passeraient les échanges, où l’on cultiverait, où il faudrait élever une digue.

Et à Ficarolo, face au fleuve, on comprend que ce personnage n’a jamais tout à fait cessé de décider par lui-même. Chaque crue, chaque digue renforcée, chaque champ arraché à l’eau est un nouveau chapitre de la même histoire, commencée ici il y a plus de huit siècles.

Sources

  1. E-Review
  2. FAI – Fondo per l'Ambiente Italiano
  3. Fondazione Slow Food
  4. Minelliana

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