On raconte qu’au Xe siècle, l’évêque d’Adria vivait des jours de grande inquiétude. Sa ville était ancienne et glorieuse, mais elle n’était plus sûre. Les raids la laissaient exposée. Le siège épiscopal avait besoin d’un refuge mieux protégé, au milieu des eaux et des marais du Polesine. L’évêque, que la tradition appelle Paolo Cattaneo, ne savait où aller.
C’est alors, veut la légende, qu’une nuit saint Pierre lui apparut en songe. Le saint ne lui indiqua aucune route. Il ne prononça aucun nom. Il lui tendit seulement une crosse, le bâton des évêques, tout ornée de roses rouges.
Au réveil, le signe parut clair. Il fallait chercher la terre des roses. Et cette terre, disait-on, était Rovigo, où les rosiers poussaient spontanément. L’évêque y fit élever un château pour protéger les siens. Et de ce château, raconte la tradition, naquit la ville.
L’histoire des roses ne resta pas enfermée dans le Moyen Âge. Au XVIe siècle, le plus grand poète de la cour des Este, l’Arioste, la recueillit. Au troisième chant du Roland furieux, la magicienne Mélisse énumère les terres qui appartiendront aux descendants de Bradamante. Parmi elles figure aussi Rovigo : « la terra il cui produr di rose / le diè piacevol nome in greche voci ». Autrement dit, la terre à qui ses roses donnèrent un nom plaisant en langue grecque.
En grec, la rose se dit rhódon. Pour les érudits de la Renaissance, le compte était bon : Rovigo était Rhodigium, la ville des roses. Le nom savant passa des vers aux livres, et des livres à la mémoire commune.
Les roses, en somme, sont arrivées deux fois à Rovigo. D’abord dans un songe, puis dans un vers. Que les rosiers aient vraiment poussé partout importe peu aujourd’hui. Ce qui compte, c’est que la ville ait choisi de se reconnaître dans cette image délicate, si loin des peurs dont elle était née : les raids, les marais, le besoin d’un abri.
Quand vous flânez sous les tours du château, vous marchez au cœur de cette histoire. Les briques racontent la défense et la peine. La légende y ajoute le parfum.




